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Ouvrage 

Titre:
Les trois saisons de la rage
Auteur:
Cohen Hadria (Victor)
Edition:
Albin Michel
Réunion du:
28.06.2011

Commentaire

lestroissaisons

 

Le livre commence par une double correspondance au moment de la campagne d'Italie sous Napoléon III en 1859. Un fils de paysan est amené à remplacer un jeune homme plus riche lors de la conscription et veut rester en contact avec sa promise pendant qu'il est à la guerre. Ce sont deux médecins, l'un au front, l'autre en Normandie, qui leur servent d'intermédiaires et instaurent ainsi leur propre échange épistolaire. La deuxième partie est le journal du médecin de campagne normand, le Dr Le Cœur.

 

C'est une écriture magnifique, une langue très riche du 19ème siècle qui restitue l'époque de façon remarquable. Certains font la comparaison avec Zola. On est un peu surpris au début par cette langue "à la manière de", on est un peu dérouté par la double correspondance, en décalé l'une par rapport à l'autre, mais on est pris très vite dans l'atmosphère, dans le jeu du roman.

 

De tous les beaux personnages du roman se détache celui du Dr Le Cœur, attachant et sympathique, qui porte d'ailleurs bien son nom. Humaniste et rebelle, opposé à la bourgeoisie, anticlérical, tourné vers l'avenir et le progrès, il est en avance sur son temps. Sa position éthique ne l'empêche pas d'être pragmatique, quand il faut s'arranger avec le curé, le rebouteux, les grands propriétaires. Il est aussi en proie aux "tourments de la chair" et ses amours donnent lieu à quelques scènes assez amusantes.

 

Au fil des tournées de ses nombreux malades – très nombreux, on s'y perd un peu – se dessine la vie à la campagne au milieu du 19ème siècle. Cette vie difficile, notamment pour les femmes, est remarquablement documentée : les accidents, les accouchements rudes, les maladies qu'on ne sait pas encore traiter, les épidémies, sans oublier magie et superstitions. Mais c'est aussi l'aventure pour aller en train à Paris : le train roule à 50 kilomètres à l'heure ! Quant à la fin, elle est certes abrupte et inattendue, mais elle complète bien l'histoire et si l'on retourne au prologue, on s'aperçoit qu'elle est bel et bien annoncée dès le début.

 

La forme du roman – car il s'agit bien d'un roman, on pourrait croire à un témoignage d'époque – est surprenante et originale. La deuxième partie se nourrit de la première et donne un nouvel angle de vue. Le journal intime commence avant la correspondance entre les deux médecins et en reprend certaines phrases. A tel point qu'on se demande comment l'auteur a construit son récit et s'il n'a pas écrit la deuxième partie d'abord.

 

Certains lecteurs n'ont pu se détacher de la référence au temps présent, comme s'il était improbable que le récit soit écrit par un auteur contemporain. Peut-être parce les émotions et les caractères décrits sont intemporels ? On reste en tout cas impressionné par les qualités documentaires du roman. L'auteur, qui a travaillé dans la presse médicale, aurait mis 10 ans pour écrire ce livre. Ou peut-être pas : une histoire courrait sur le net, qui dit que l'auteur a oublié le début du texte dans sa voiture et l'a retrouvé bien plus tard, au moment de vendre sa voiture …

 

Peu importe, le résultat est très réussi !

 

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Mise à jour le 14/11/2018