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Ouvrage 

Titre:
L'ancêtre
Auteur:
Saer (Juan José)
Edition:
Le Tripode
Réunion du:
20.05.2014

Commentaire

lanctre

En 1516 le navire du capitaine Juan Diaz de Solis, battant pavillon espagnol, débarque pour la première fois sur les rives du Rio de la Plata. Tout l'équipage est massacré par des indiens cannibales, à l'exception du mousse Franscisco del Puerto qui passera dix ans avec les indiens avant de revenir en Europe avec une nouvelle expédition.

L'auteur part de cette histoire réelle pour faire du mousse, devenu vieillard, le narrateur de L'ancêtre témoignant de son aventure et de sa vie.

Juan José Saer, considéré comme l'un des plus grands écrivains argentins contemporains, a vécu en France de 1968 jusqu'à sa mort en 2005. L'ancêtre a été publié pour la première fois en français en 1987. Le prix obtenu par Laure Bataillon pour sa traduction porte son nom depuis sa disparition en 1990.

 

L'Ancêtre a suscité enthousiasme et admiration chez la plupart des lecteurs, conquis par les multiples facettes du livre, à la fois poétique et philosophique, texte de témoignage, regard sur l'altérité, …

Il y a bien sûr la relecture surprenante de l'anthropophagie, hautement symbolique et ritualisée, en même temps qu'incontrôlée dans son retour périodique. Cette folie passagère d'orgies et d'incestes est une allégorie du retour de la pulsion contre laquelle on ne peut rien. Les indiens s'y livrent, partagés entre désir et regret, comme s'ils étaient atteints – déjà – par la notion de faute. Bien sûr cela renvoie à une foule d'écrits, tels que "Vive le peuple brésilien" de João Ubaldo Ribeiro ou "Help ! " de Redmond O'Hanlon, ainsi qu'aux études anthropologiques de Claude Lévi-Strauss ou Philippe Descola. On pense à la question philosophique du cru et du cuit, du passage à la civilisation, ou encore à la cosmogonie des aztèques, qui versaient le sang humain pour que le soleil réapparaisse.

 

Ici on ne sait pas ce qui relève de ces références ou de la fiction, mais c'est sans importance, la véracité n'est nullement revendiquée par l'auteur. Il pose sur les indiens un regard distancé, sans jugement, sobre et pudique, et propose de leur rapport au monde une très belle lecture. Rapport d'incertitude et de responsabilité, car les indiens ne sont jamais assurés de la permanence des choses, il leur faut continument tenir le monde afin qu'il ne disparaisse pas. Leur langue polysémique en est un indice, il n'y a pas de différence entre être et paraître, sans parler du fameux Def-ghi aux multiples acceptions.

 

L'écriture, superbe, a elle aussi quelque chose de suspendu qui traduit bien ce réel toujours incertain. Elle introduit une grande poésie dans les pages sur la nature et les saisons, et dans la description de l'activité des personnages : l'enfance du mousse, ramassée en une page, les jeux des enfants, les va-et-vient affairés des indiens sur la plage.

 

Quelques réticences s'expriment sur "des phrases qui ne veulent rien dire" ou encore sur des longueurs dans la deuxième partie, lors du retour en Espagne. Pourtant la difficulté du mousse à se réintégrer ou l'écho donné par le théâtre à son aventure sont y très justement traités.

Mais la tonalité générale reste à l'éloge : "j'ai adoré – texte magnifique – ça fait rêver, se poser des questions – c'est tellement beau – livre superbe – très très grand livre".

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Mise à jour le 14/11/2018