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Ouvrage 

Titre:
Désorientale
Auteur:
Djavadi (Négar)
Edition:
Liana Levi
Réunion du:
15.11.2016

Commentaire

desorientale
Négar Djavadi est née en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au régime du Shah puis à celui de Khomeiny. Elle arrive en France à l’âge de onze ans, après avoir quitté l'Iran de façon clandestine. Elle est réalisatrice et scénariste, Désorientale est son premier roman, écrit directement en français.
 
Elle s'est inspirée de sa propre histoire pour construire cette saga familiale, mais elle n'est pas Kimiâ, l'héroïne du livre, qui s'adresse au lecteur depuis la salle d'attente de l'hôpital où elle est venue pour une procréation médicalement assistée. Kimiâ évoque les épisodes de sa vie, dans le désordre comme le fait la mémoire, et parle dès le début de l'EVENEMENT, dont elle tardera à révéler la teneur. Son histoire et celle de sa famille déroulent l'histoire et la vie iranienne du 20ème siècle. On part en effet d'une arrière-grand-mère qui vivait encore dans un environnement quasi féodal, pour arriver à cet enfant à naître en France. Et reviennent des souvenirs qu'on a peut-être un peu oubliés : la révolte contre le Shah, le séjour de l'ayatollah Khomeiny à Neauphle-le-Château, l'assassinat de Shapour Bakhtiar, …
 
Le ton vivant, énergique, plein de verve, d'humour et de distance, sait aussi faire place à la délicatesse et à l'émotion. Différent pour parler de la vie de famille et des engagements politiques des parents, il est efficace et contrebalance heureusement le tragique de certaines situations. Une lectrice iranienne nous éclaire sur la manière d'écrire, l'humour, les tournures de phrase inattendues, les métaphores, l'adresse au lecteur, tout cela vient-il de la langue ? Oui, le style est bien inspiré de l'écriture iranienne, mais l'auteur a simplifié, un peu à la manière de Marjane Satrapi. Par contre les notes de bas de page sur l'histoire et les habitudes iraniennes, "pour vous éviter d'aller chercher dans Wikipedia", sont une nouveauté.
 
Certains lecteurs auraient eu besoin d'avoir la narration dans l'ordre chronologique – l'auteure a-t-elle voulu faire les mille et une nuits ? – et ont eu fréquemment recours à la liste des personnages donnée à la fin du livre. D'autres répondent que justement, "ça s'appelle Désorientale !" En effet au début on croit se perdre – "ça part dans tous les sens" – mais peu à peu l'auteure rassemble tous les fils du récit, en une construction très bien tenue.
 
Dans l'ensemble les lecteurs se sont passionnés pour cette histoire à multiples composantes. Ce n'est pas seulement une partie de l'histoire du 20ème siècle, c'est aussi un beau récit de l'exil et de ses difficultés, exil d'abord dans son propre pays puis en France. "Avant de s'intégrer, il faut se désintégrer." dit Kimiâ. Ce n'est pas seulement une saga familiale, c'est aussi la façon qu'a chacun – la mère, les sœurs, la narratrice – de s'inscrire dans son destin et de vivre ses contradictions. Si Kimiâ n'a pas pris le chemin traditionnel suivi par ses sœurs, c'est pendant qu'elle attend à l'hôpital, sur le point de faire un acte important, qu'elle se réinscrit dans une histoire familiale. Avoir un enfant en dehors des traditions est une façon de rompre mais aussi de continuer la lignée. Quant à la mort de Darius, le père, c'est presque un fratricide, puisqu'il est assassiné par un parent.
 
Pour conclure laissons la parole à un lecteur : "Pour un premier roman c'est remarquable".
 
Référence a été faite à Marjane Satrapi, mais également à Azar Nafisi, qui a notamment écrit Lire Lolita à Téhéran.
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Mise à jour le 11/04/2019