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Ouvrage 

Titre:
Judas
Auteur:
Oz (Amos)
Edition:
Gallimard
Réunion du:
15.11.2016

Commentaire

judas
Né en 1939 à Jérusalem, Amos Oz est un poète, romancier et essayiste israélien. Il a écrit de nombreux livres reconnus par plusieurs prix littéraires. Il est cofondateur du mouvement "La Paix maintenant" et l'un des partisans les plus fervents de la solution d'un double État au conflit israélo-palestinien.
 
Judas est un roman d'initiation, celle de Shmuel Asch, perdu à Jérusalem quand ses parents ne peuvent plus payer ses études et que sa petite amie l'abandonne pour se marier avec un autre. Il trouve contre un hébergement et un petit salaire quelques heures de travail chez M. Wald, un vieillard invalide très cultivé, sous le toit duquel vit aussi l'étrange Atalia. Il s'agit de tenir compagnie à M. Wald et surtout de lui faire la conversation, l'annonce demandait en effet un étudiant "doué pour la conversation et passionné d'histoire". C'est un exercice auquel les protagonistes se livrent avec bonheur, c'est le plaisir de la "dispute", au cours de laquelle les personnes apportent toujours d'autres points de vue, et peuvent même en changer. C'est aussi la tradition judaïque de réévaluer et réinterpréter sans arrêt les textes.
 
Ces conversations apportent un regard nouveau sur les faces cachées du début du christianisme et les interprétations diverses qui en dépendent. Il y a toujours eu une lutte acharnée et sans merci au sujet du pouvoir et le pouvoir s'est exercé sur l’explication des textes. Des textes qui ont disparu et qui ne figurent plus dans le canon parce que contraires à la vision et à l’image officielles de Jésus et de Judas. L’Occident chrétien, délibérément, n’a pas voulu accepter le point de vue juif et s'est servi de l’image construite de l’apôtre Judas afin de pouvoir justifier toutes les persécutions postérieures. Au fil du débat on découvre ainsi que peut-être Judas n'est pas le traître qu'on croit, mais le premier vrai chrétien, et la thèse est séduisante.
 
On découvre aussi peu à peu l'histoire d'Abravanel, personnage absent, mort à la guerre, mais omniprésent dans l'esprit des protagonistes. A travers lui, nous (ré)apprenons beaucoup de choses sur la construction de l’Etat d’Israël. Là aussi il y a d'une part l’histoire officielle (la réussite de David Ben Gourion), d'autre part les tentatives de celui qui veut trouver un accord à l’amiable avec les Palestiniens, tentatives qui échouent et passent aux oubliettes. Que le sionisme ait pris et prenne encore des formes différentes est bien souvent oublié. "Il semble que l'Histoire soit presque toujours écrite par les vainqueurs et il faudra beaucoup de temps pour nous dévoiler l’Histoire des vaincus", dit un lecteur.
 
La densité des sujets traités pourrait faire craindre un texte difficile, ce n'est pas du tout le cas, au contraire il se lit très bien. Entre les nombreux débats Shmuel et Atalia se promènent souvent dans le calme de la nuit de Jérusalem, au cours de cet hiver 1959-1960, et leurs déambulations allègent l'atmosphère de huis-clos de la maison de M. Wald. Le personnage central de Shmuel vient aussi alléger le poids de l'histoire, il prête à sourire avec sa démarche maladroite, ses désirs insatiables et … le talc qu'il met sur sa barbe. Les personnages sont tous attachants, Atalia (est-ce une référence à Athalie ?) est un beau portrait de femme. Pour certains lecteurs les personnages sont pourtant un peu fabriqués, un peu caricaturés (pourquoi répéter avec tant d'insistance que le vieillard est très laid), ce qui peut desservir leur crédibilité.
 
Le titre l'annonce, à travers la vie des personnages et leurs débats sur l'histoire, l’auteur pose la question de la trahison. Qu'est-ce qu'un traître ? Cherche-t-on toujours un Judas pour jouer son rôle dans l'économie du salut ? Et soi-même, ne trahit-on jamais rien ni personne, que ce soit dans le combat pour atteindre ses buts, pour construire une société, une religion ou une vie, que ce soit pour former un couple et une famille, pour vivre une histoire d’amour ? Jusqu’où va-t-on en chemin vers l’idéal, vers le compromis ou vers les compromissions ? A chacun de répondre à ces questions.
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Mise à jour le 12/06/2019