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Ouvrage 

Titre:
Eloge du carburateur
Auteur:
Crawford (Matthew B.)
Edition:
La Découverte
Réunion du:
23.01.2018

Commentaire

elogeducarburateur

Intéressant et varié, le parcours de Matthew B. Crawford est pour le moins inhabituel. Il a commencé par être électricien autodidacte, puis a fait des études universitaires. Diplômé en physique et docteur en philosophie politique, il est devenu directeur d'un think tank, charge qu'il a abandonnée au bout de cinq mois pour ouvrir un atelier de réparation de motos. Il n'en poursuit pas moins ses recherches et donne des cours à l'université de Virginie.

 

Son "Eloge du carburateur" est sous-titré "Essai sur le sens et la valeur du travail". Il y pointe en particulier l'aspect très intellectuel du travail manuel et réfute l'opposition entre travail manuel et travail intellectuel. Il s'interroge sur la dépersonnalisation du travail par les nouvelles méthodes de management, qui encadrent bien les tâches mais les morcellent, et rendent de moins en moins possible le suivi d'un dossier du début à la fin par la même personne. Il s'ensuit une dilution croissante des responsabilités.

 

Le livre de Matthew B. Crawford et les thèses qu'il y développe ont dans l'ensemble convaincu les lecteurs. D'autant que si certains passages peuvent s'avérer un peu difficiles, l'auteur prend soin d'alterner les passages théoriques avec des anecdotes de son incroyable parcours. De ce fait le livre, par ailleurs bien écrit, n'est pas du tout ennuyeux, il met bien en valeur la connaissance et l'expérience très concrète de l'auteur. Il n'est pas nécessaire de s'y connaître en mécanique et en motos, on peut passer les explications sur les soupapes, les cylindres secondaires et autres carters. Pour autant on n'a aucun mal à imaginer l'atelier avec ses vieilles bécanes, ses odeurs de cambouis et de solvants, et la connivence entre tous ces passionnés de mécanique.

 

Si d'aucuns en profitent incidemment pour apprendre des choses sur les motos, ou pour se souvenir du "retour de kick" qui préoccupait tant ses frères, chacun s'est intéressé à l'un ou l'autre des développements du livre, en particulier à la démonstration que le travail manuel est souvent bien plus intellectuel et plus riche que le travail de bureau. C'est un travail à l'échelle humaine, qui permet de connaître les limites de son emprise sur le monde et de se confronter au concret, c'est-à-dire à quelque chose qui est en dehors de soi et qui a ses propres règles. Il ne faut pas seulement y déployer de l'habileté mais un véritable processus de réflexion. L'identification du problème est l'étape la plus cruciale, elle peut prendre beaucoup de temps, surtout quand on est perfectionniste comme l'auteur. Les systèmes de deux équations à deux inconnues, on sait faire, pour la réparation il faut aller au-delà du problème, et parfois consulter des confrères. La réparation est à penser non seulement pour l'immédiat, mais aussi dans la durée.

 

Ont été relevés de nombreux autres développements, comme l'inanité du travail de résumés d'articles tel que le décrit l'auteur, le think tank vu comme la version contemporaine du phrontistèrion de Socrate dans Les Nuées d'Aristophane, les réflexions sur l'enseignement (et pourquoi il ne faut pas trop gratifier les apprenants), les attaques contre l'université, l'implication mutuelle de la connaissance et de l'éthique, … tout cela alertement illustré par le savoir du pompier et le marteau de Heidegger.


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Mise à jour le 28/06/2018