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Ouvrage 

Titre:
L'homme coquillage
Auteur:
Erdogan (Asli)
Edition:
Actes Sud
Réunion du:
15.05.2018

Commentaire

lhommecoquillage

La narratrice est une jeune femme Turque, chercheuse en physique nucléaire, invitée avec de nombreux autres scientifiques à un séminaire sur l'île caribéenne de Sainte-Croix. Mal à l'aise au milieu de ses collègues, elle tente d'échapper le plus possible à ce milieu et croise, au cours de ses explorations de l'île, le chemin de l'Homme Coquillage. Entre amour et fascination, cette rencontre s'avère décisive et change sa perception du monde et de la vie.

 

L'a priori était favorable : on connaît le parcours et les difficultés rencontrées par Aslı Erdoğan dans son pays, et beaucoup ont lu avec intérêt et admiration d'autres de ses livres. Mais ce premier roman déçoit. Le style en est "plein d'emphase, exalté, exagéré, forcé, gonflé, disproportionné". L'auteure dit les choses puis les réexplicite, ce qui affaiblit le plaisir de l'histoire et la psychologie des personnages. Ces personnages sont tous assez noirs et l'attirance de la narratrice pour l'Homme Coquillage, un être au physique rugueux, presque effrayant, est un peu surprenante. Le récit flirte régulièrement avec des clichés en insistant sur l'exotisme et en s'enthousiasmant pour des figures mythologiques. Ce qui décrit l'émancipation d'un carcan n'est pas loin de la représentation de jeunes femmes se cherchant un homme en vacances – "mais pourquoi pas ?" rétorque un lecteur. S'opposent trop facilement le savoir des habitants de l'île et celui du monde habituel de la narratrice. Une lectrice s'est d'ailleurs arrêtée après avoir lu, page 70 : "Faisant preuve d'un courage dont nous autres intellectuels serions à jamais dépourvus, Tony était en mesure d'affronter l'évocation du suicide, et de lui répondre de la seule manière humaine qui fût, par la tristesse." Le livre est qualifié d'immature et beaucoup ont décroché assez vite. Mais comme c'est son premier livre, on peut dire avec une lectrice que le parcours est bon, si l'on se réfère par exemple à "Le silence même n'est plus à toi", qui est d'une tout autre envergure.

 

Des lecteurs sont un peu moins catégoriques. "L'ambiance est âpre, rude, râpeuse, et m'a laissé une impression étrange mais pas désagréable. – Des descriptions m'ont touchée, celle de la pluie par exemple. – La peinture du milieu des chercheurs, que ce soit à Genève ou lors de ce séminaire, est convaincante." Ils relèvent également un certain nombre de thèmes, dont certains reviendront dans les écrits ultérieurs, tels celui de l'enfermement, de la place de la femme turque, du racisme. La narratrice se sent marginalisée par son appartenance nationale, en tant que turque elle n'est pas vue comme une femme blanche. De ce fait sa carrière de scientifique est assez remarquable et on peut comprendre qu'elle justifie de sa position sociale, même si cela a pu paraître arrogant à certains. Transparaît tout le mal-être de la narratrice, son sentiment d'être en marge et sa non-intégration dans son milieu professionnel. Une narratrice vraisemblablement proche de l'auteure, qui ne se trouve bien nulle part et qui, avec sa sensibilité pleine de piquants, est en empathie aigüe avec la souffrance des autres.


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Mise à jour le 07/06/2018