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Ouvrage 

Titre:
La robe blanche
Auteur:
Léger (Nathalie)
Edition:
Pol
Réunion du:
09.10.2018

Commentaire

larobeblanche

Alors qu'elle a le projet d'écrire sur la performance de l'artiste italienne Pippa Bacca, la narratrice se trouve confrontée à une autre demande d'écriture, celle de sa mère qui exprime un grand désir de réparation d'un divorce ancien à ses torts.

 

La coexistence de ces deux projets peut désarçonner au début. La demande de la mère est le grain de sable dans le projet initial, et les choses prennent vraiment leur sens quand la narratrice finit par y répondre. Le lecteur lui aussi doit accepter qu'il y ait deux sujets – voire trois si on ajoute l'histoire de la narratrice – pour entrer pleinement dans le texte. Texte au demeurant très dense, qui s'interroge sur les performances artistiques ("A défaut de pouvoir les comprendre, il faut prendre au sérieux les gestes les plus fous"), et entrecroise ces questions de considérations sur le statut des femmes, sur la révolte, sur la possibilité d'une réparation. Le fil conducteur est celui du mariage et de la robe de mariée : la robe de Pippa Bacca, la robe et le divorce de la mère, le mariage filmé par le tueur avec la caméra de sa victime. Première étape de l'écriture, la tapisserie reproduisant "L'assassinat de la dame" de Botticelli évoque d'entrée le meurtre d'une femme qui a aimé.

 

La densité du texte et la juxtaposition de paragraphes traitant de sujets apparemment différents ne rendent pas forcément la lecture aisée : "j'ai aimé et je n'ai pas aimé – j'ai aimé mais avec des réserves", quand elles ne rebutent pas franchement l'un ou l'autre lecteur, plus en attente d'une trame narrative. L'ambiance est qualifiée par certains de lourde et de pesante, la performance de Pippa Bacca également. Mais pour la plupart la complexité est plutôt de celles qui appellent – une relecture, une réflexion – que de celles qui rebutent. D'autant que l'écriture est belle, vivante, pleine de trouvailles. Peut-être un peu esthétisante parfois ? Mais elle sait aussi être drôle, notamment dans la description des amies de la mère. Et sensible, quand elle rend compte de la façon dont on peut mettre sa vie dans un dossier, dans une robe, ou quand elle relate comment la narratrice renonce à rencontrer la mère de Pippa Bacca. On apprend beaucoup de choses sur les performances artistiques, on est face également à une analyse sociologique du sort des femmes, entre autres à travers l'histoire de la mère de la narratrice.

 

Quant aux inconditionnels, ils adhèrent sans réserve quelles que soient les difficultés d'abord du texte. "C'est à prendre comme un matériau de recherche brut – ça ne peut pas être rectiligne, l'écriture rend compte à quel point la narratrice, ne sachant que faire de tout cela, est elle-même en recherche". Les mêmes avaient déjà plébiscité "Supplément à la vie de Barbara Loden", le précédent livre de Nathalie Léger.

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Mise à jour le 28/11/2018