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Ouvrage 

Titre:
La plongée
Auteur:
Tchoukovskaïa (Lydia)
Edition:
Le Bruit du Temps
Réunion du:
12.01.2016

Commentaire

laplonge

Lydia Tchoukovskaïa a fait partie de l'Union des écrivains mais en a été exclue pour avoir défendu des auteurs tels que Boris Pasternak. Elle a écrit "La plongée", dont l'action se passe au cours de l'hiver 1949-1950, entre 1949 et 1957. Le livre a été publié en Europe avant de l'être en Union Soviétique.

 

La plongée, ce sont les quarante jours de retrait de l'auteure, avec d'autres écrivains, dans une maison de repos à la campagne. Une plongée presque apnéique dans le passé, dans la nature, dans l'écriture. Sur fond de l'histoire récente faite de procès, de camps et de disparitions. La narratrice y apprendra notamment d'un de ses compagnons, Bilibine, le sort de son mari disparu : "dix ans sans droit de correspondance" n'était qu'une formule convenue pour désigner le peloton d'exécution.

 

Les lecteurs sont conquis par la très belle écriture de Lydia Tchoukovskaïa, qui traduit admirablement ce temps de silence, d'isolement, de réceptivité à la nature. Les promenades quotidiennes dans la campagne enneigée, seule ou avec Bilibine, donnent à la narratrice l'occasion de décrire dans de très belles pages les différents états de la forêt et de la neige – et du vaillant petit sapin vert ! Mais l'auteure est également attentive au bruit du temps, à l'histoire qui se rappelle à tous par les échos de ce qui se passe dans les maisons d'éditions. Elle pose également un regard très fin sur ses compagnons, sur leur travers et leurs faiblesses. Car elle, contrairement à d'autres et notamment Bilibine dont elle s'éloignera pour cette raison, ne cède pas sur ses convictions politiques et démontre avec force comment le choix des mots et leur agencement peut révéler la langue de bois. Son amour de la langue se manifeste aussi dans de très belles réflexions sur la traduction de la poésie.

 

L'histoire contient deux des récits écrits dans cette retraite, celui de Bilibine, une compromission qui les éloignera, et celui de la narratrice, qui au contraire veut témoigner de l'Histoire : des femmes font la queue pour avoir des nouvelles de leurs disparus. La bureaucratie, la file des femmes qui attendent, le volet qui se referme brutalement devant elles, le bébé mort, … tout cela est rendu dans une atmosphère forte, qui rend la scène extrêmement présente.

 

En somme, un très beau livre, un récit court qui réussit le tour de force d’être à la fois très complexe et très simple, très riche et très condensé.

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