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Ouvrage 

Titre:
La leçon d'allemand
Auteur:
Lenz (Siegfried)
Edition:
Robert Laffont
Réunion du:
23.06.2009

Commentaire

leconallemand

Traduction de l'allemand par Bernard Kreiss

 

Un jeune homme enfermé dans une cellule doit rédiger une dissertation sur "les joies du devoir". Dans cette île d'Allemagne du Nord où il purge sa peine, il est ainsi puni pour avoir rendu copie blanche lors de la leçon d'allemand. Ce n'est pas qu'il n'ait rien eu à dire, au contraire il avait trop à dire sur ce sujet. Dans sa cellule Siggi se lance dans ses réminiscences et ses souvenirs et reconstruit peu à peu son histoire.

Son père, le policier de Rugbüll, avait pour mission pendant la guerre de surveiller un peintre, un ami d'enfance qui lui a autrefois sauvé la vie, et de l'empêcher de peindre. Le policier ne connaît que son devoir et poursuivra sa surveillance au-delà du nécessaire. L'enfant, lui, est pris entre le respect dû à son père et l'amitié qui le lie au peintre, dans lequel il faut reconnaître Emil Nolde.

 

Le roman fait l'unanimité auprès des lecteurs, qui admirent l'écriture, magnifique – " la fluidité de la langue, sa musicalité, notamment dans les descriptions" – et la construction du récit, alternant la vie du jeune homme dans sa cellule et son passé peu à peu reconstitué. La mémoire ramène par petites touches les événements, et l'enfant qu'il était tire un à un les fils du souvenir. L'histoire est reconstituée à travers son regard, ses difficultés d'adolescent, sa souffrance, sa façon de résister pour rester en vie. C'est aussi une histoire dans l'Histoire, celle de l'Allemagne pendant et après guerre.

 

Alors que sa punition est levée, le jeune homme refuse de sortir de sa cellule car il veut terminer son récit. Tant est grand le besoin de donner par l'écriture un sens à ce qui s'est passé, tant est grand le désir d'expression en réaction au contrôle et à l'oppression subis. Enfant, il ne parvenait pas à choisir, entre son père qu'il respectait et réprouvait en même temps, et le peintre, sorte de père idéal de substitution. Le portrait de la famille est lourd : le père est d'une raideur inébranlable, la mère dépressive est une morte vivante, le frère aîné se mutile et fuit. Il reste à Siggi la fascination devant ces merveilleuses peintures qu'il veut mettre à tout prix à l'abri de la destruction. Comme son père qui n'a pu cesser à la fin de la guerre son "devoir" de surveillance du peintre, il ne peut mettre un terme à sa frénésie de protéger les tableaux.

 

On est immergé dans l'univers de la peinture, dans le travail du peintre, dans sa recherche incessante, dans ses tableaux mêmes. Une lectrice s'est souvenue spontanément du livre dans une exposition de Nolde. La façon dont Siggi "entre" dans les tableaux est particulièrement saisissante.

 

Les descriptions également sont picturales, quasi photographiques. La mer, les paysages, le père luttant à vélo contre le vent, le père et sa pèlerine, le père tendant une missive au peintre, toutes ces images sont d'une grande force. "J'ai été éblouie par les descriptions de paysage, ce mélange d'eau et de ciel.", écrit une lectrice. "Curieusement, je sors du livre avec la sensation d'un éventail de blanc, ce qui ne correspond pas à mes souvenirs des tableaux de Nolde. Quelque chose de triste, mais assez doux, une sorte de transfiguration de l'œuvre peinte".

 

Un très beau livre, un petit bijou pour certains, qui l'ont déjà offert à une dizaine de leurs amis.

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Mise à jour le 28/06/2018