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Ouvrage 

Titre:
Déraison
Auteur:
Castellanos Moya (Horacio)
Edition:
10-18
Réunion du:
23.02.2010

Commentaire

draison

Un journaliste accepte de lire et corriger un rapport de mille cent feuillets qui rassemble des documents sur le massacre des Indiens par l'armée. En fuite d'un autre pays, il s'enferme dans ce travail qui perturbera profondément son équilibre déjà précaire.

 

Les avis sont tranchés sur ce livre qui n'aura laissé personne indifférent.

 

Certains dénoncent la violence du texte et notamment les obsessions du personnage qui se surajoutent à la violence du rapport, dont certaines pages sont terribles. Le journaliste est jugé peu sympathique, malade mental, "pas entier de la tête", obsédé de sécurité, de sexe et d'alcool. Ses aventures avec deux espagnoles ne sont que d'affreuses histoires de sexe et sa paranoïa fait qu'on ne sait plus où est la vérité. Tous n'ont pas pu aller au bout du récit, souvent qualifié de trop dur. Le style a été jugé difficile à cause de ses phrases longues.

 

Mais il y aussi une autre lecture, inconditionnelle celle-là. Oui, le rapport est terrible, oui, on peut là-bas se faire assassiner au coin de la rue, mais c'est la réalité, la vérité de certains endroits d'Amérique Centrale. Oui, le journaliste s'enferme dans la folie au fur et à mesure de sa lecture du rapport, mais la folie n'est-elle pas plutôt à l'extérieur de lui ? N'a-t-il pas raison d'avoir peur et de fuir puisqu'au final l'archevêque est assassiné ? Dans ce monde-là on ne peut que devenir fou.

 

C'est bien là le thème central du livre : comment vivre avec ça ? Comment les Indiens peuvent-ils raconter l'horreur qu'ils ont vécue, avec quels mots ? Comment le journaliste peut-il faire face à la réalité lorsqu'il voit la femme dont il a lu le récit ? Pour échapper il n'a que la folie, la poésie, la fuite.

 

Le récit est servi par un style remarquable d'urgence, de souffle et d'ampleur, qui ne craint ni l'humour noir ni l'autodérision. Le rapport est permanent entre la vie du journaliste et l'avancement de sa lecture, le style et l'histoire se complètent, le fond et la forme se répondent. C'est un récit bouleversant jusqu'à la fin.

 

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Mise à jour le 25/05/2024