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Ouvrage 

Titre:
La nuit tombée
Auteur:
Choplin (Antoine)
Edition:
Points
Réunion du:
06.01.2015

Commentaire

lanuittombe

En Ukraine, aux alentours de Tchernobyl, un homme roule en moto. Une moto à laquelle il a attaché une remorque, car il retourne à Pripiat pour y chercher quelque chose malgré l'interdiction de pénétrer dans la zone. En chemin il s'arrête chez d'anciens amis qui sont restés là, non loin de la zone interdite.

 

Ce roman très court est très émouvant dans sa simplicité, il est très court mais d'une énorme densité. Bien qu'il parle des suites de la catastrophe, ce n'est pas un livre sur Tchernobyl. Terrible, à la fois très dur et très chaleureux, il donne à voir ce qu'il y a de plus humain dans l'humain. L'ambiance entre les vieux amis retrouvés est particulièrement touchante, lorsque circulent les souvenirs autour des verres de vodka, lorsque cet homme qui va mourir demande à son ami Gouri d'écrire pour lui une lettre à sa femme. Quant à lui, Gouri, l'homme à la moto, ce qu'il va chercher au mépris du danger et de l'interdiction, c'est une porte qui garde les marques de la croissance de sa fille, un objet qui a une pure et simple valeur affective. La solidarité entre petites gens s'affirme aussi par la décision d'un des amis d'accompagner Gouri pour déjouer la surveillance de la zone et lui faciliter la réalisation de son projet.

 

Est aussi très émouvante l'entrée des deux amis dans la ville, une ville abandonnée, une ville où il n'y a plus personne, pleine d'une poussière qu'il faut se garder de soulever, une ville pillée. Pourtant il y a une sorte de beauté dans la désolation, notée par les protagonistes devant les feuilles des arbres irradiés. On mesure l'attachement aux lieux et la part d'identité donnée par le lieu d'où on vient, le lieu où on a vécu. On peut dire que c'est un roman sur la désolation et un roman sur la consolation, la consolation dans l'humain, dans les relations, dans les regards.

 

L'écriture est efficace et dynamique. Avec peu de mots, l'auteur plonge rapidement le lecteur dans l'ambiance. On subit la pesanteur, on est oppressé avec les personnages qui ont du mal à respirer. La recherche dans le style – "Le plein ? il demande." / "C'est toi ? elle dit." – n'est pas au goût de tous. De même qu'une présentation peut-être un peu idyllique des relations humaines. Il y a aussi des réserves sur ce retour jugé peu convaincant en regard des dangers qu'il comporte. Fallait-il ajouter un roman à la catastrophe ? Oui, le livre ajoute quelque chose à la représentation de l'avant et de l'après. Une vie se déroulait là et puis tout à coup plus rien ne va, c'est un endroit où l'on n'ira plus pendant des milliers d'années.

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