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Ouvrage 

Titre:
La Fin de l'homme rouge
Auteur:
Alexievitch (Svetlana)
Edition:
Actes Sud
Réunion du:
03.03.2026

Commentaire

la-fin-de-l-homme-rouge 

Svetlana Alexievitch est née en 1948 de père biélorusse et de mère ukrainienne. Elle a travaillé en tant qu'éducatrice, professeur d'histoire et d'allemand, journaliste et écrivaine. Opposante au régime actuel de la Russie, elle est en exil et vit actuellement à Berlin.

Elle a connu l'ère soviétique, la pérestroïka, l'effondrement de l'URSS, la période de transition libérale et l'installation au pouvoir de Vladimir Poutine. Son livre, paru en 2013, nous plonge dans cette période, en deux temps : 1991-2001 et 2002-2012.

Afin de constituer la matière de ses livres – elle a aussi écrit sur la guerre, sur l'Afghanistan, sur Tchernobyl – elle enregistre au magnétophone, ou note, des centaines d'entretiens et en sélectionne quelques dizaines. Les questions qu'elle pose se concentrent sur la vie quotidienne, les émotions, les souvenirs des personnes interrogées. Sa démarche est centrée sur les personnes, ainsi les grands thèmes de société et d'histoire sont vus à hauteur d'homme.

 

-          "L'empreinte laissée par le livre est forte, chargée d'émotion à la lecture de ces tranches de vie et de ces histoires parfois insoutenables. Au vu de la situation actuelle en Russie et de la guerre en cours, cet ouvrage permet de toucher du doigt les tensions et les contradictions qui ont façonné la société russe au cours de ces dernières décennies.

L'ensemble est bien écrit et la mise en forme est soignée. J'ai eu l'impression d'être au côté de l'autrice et de l'entendre raconter une histoire. L'autrice fait œuvre d'écrivain en retravaillant les matériaux bruts recueillis pour en faire un livre. Peut-être peut-on qualifier ce livre de "roman documentaire".

Deux citations de Svetlana Alexievitch permettent de comprendre sa démarche qui n'est pas celle d'un journaliste ou d'un historien : "Je ne suis pas journaliste au sens strict, je me sers du journalisme pour me procurer les matériaux mais j'en fais de la littérature." / "L'historien ne s'intéresse qu'aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n'est pas l'usage de les laisser entrer dans l'histoire. Moi je regarde le monde avec les yeux d'une littéraire et non d'une historienne."

-          "C'est très intéressant. On se rend compte de la façon dont les gens ont perçu la perestroïka dans leur vécu et dans leurs sentiments, on n'a jamais une telle intimité (ce sont d'ailleurs des reproches qui lui ont été faits). La rupture entre les générations est extraordinaire, ainsi que la nostalgie du stalinisme."

-          "J'ai été frappée par les émotions très fortes suscitées chez le lecteur, ainsi que par le fort sentiment d'appartenance qui perdure malgré les injustices subies, par la nostalgie de la puissance d'un très grand pays."

-          " 'La guerre n'a pas un visage de femme' m'avait beaucoup marqué. Mais je suis un peu submergé par chaque témoignage, j'aurais aimé que l'autrice fasse une sorte de résumé pour que le lecteur ne reste pas que sur l'émotion. À ne travailler que les émotions, au bout d'un moment je deviens incapable de tirer une conclusion."

-          "Les personnages eux-mêmes n'arrivent pas à tirer une conclusion, pris dans les paradoxes de ce qu'ils vivent. Ils en perdent la capacité de juger. Qu'il n'y ait pas de conclusion m'a gênée aussi. On ne sait pas trop quoi penser, nous, de tous ces témoignages."

-          "Cela ne me gêne pas. J'aime bien ces témoignages, et la grande variété de gens interviewés. On ignore tellement ce qui se passe ailleurs. Ce travail est remarquable, on ressent une réelle empathie, et j'apprécie que l'autrice ne juge pas. En plus ça se lit très bien."

-          "On sent comment la société est prise entre son identité et le mirage de l'accession au capitalisme et à la consommation. C'est très impressionnant ce déversoir de contributions."

-          "La rupture est nette entre les générations, il y a une volonté chez les jeunes générations, qui n'ont pas connu tout ce qui s'est passé avant, d'oublier tout ça. Les plus anciens non."

-          "La découverte du capitalisme est un phénomène général dans tout le bloc communiste. Ces témoignages changent le regard sur la période de la pérestroïka. Peut-être que la réflexion était tout autre au moment des événements, les jugements peuvent changer avec la distance."

-          "Dans certains témoignages les gens expliquent quand même comment ils ont déchanté, ils ont analysé eux-mêmes le chemin qu'ils ont fait."

-          "Les témoignages sont évidemment terribles. L'accumulation des voix et des histoires donne le vertige. C'est un peu long tout de même."

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Mise à jour le 25/03/2026